Pourquoi investir dans la finance durable ?

L’Investissement Socialement Responsable (ISR), appelé également investissement durable, est un investissement prenant en compte, en sus des critères de performance financière, des critères extra-financiers au bénéfice du développement durable et responsable.

L’Association Française de la Gestion Financière et le Forum pour l’investissement responsable définissent l’ISR comme un « placement qui vise à concilier performance économique et impact social et environnemental en finançant les entreprises et les entités publiques qui contribuent au développement durable quel que soit leur secteur d’activité. En influençant la gouvernance et le comportement des acteurs, l’ISR favorise une économie responsable. »

La finance durable représente un domaine prioritaire pour répondre aux enjeux environnementaux et sociaux au niveau mondial. En 2006, les six Principes pour l’Investissement Responsable (PRI) ont été lancés par les Nations Unies pour inciter les acteurs de la finance à intégrer les facteurs extra-financiers, et notamment les problématiques environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) dans la gestion de leurs portefeuilles. L’engagement des acteurs financiers en réponse au changement climatique a pris également de l’ampleur depuis la COP 21 et les Accords de Paris de 2015 avec la création notamment du « Climate Finance Day ». Côté européen, en mars 2018, la commission européenne a adopté un plan d’action pour la finance durable établissant une stratégie globale pour mobiliser le secteur financier privé vers la durabilité, complété par une stratégie renouvelée annoncée en 2020. La mise à contribution du secteur financier est également déterminante pour la réalisation des objectifs du « Green Deal » de 2019 avec un plan d’investissement à hauteur de 1000 milliards d’euros pour faire de l’Europe le premier continent climatiquement neutre d’ici 2050.

En novembre 2020, l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE) et le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) ont lancé un programme dénommé « Cadre pour l’alignement de la finance aux ODD », requis par la présidence française du G7 de 2019 et visant à aider les acteurs publics et privés à identifier et prioriser les investissements qui contribuent aux Objectifs de Développement Durables définis par l’ONU. Ce cadre a été signé par 450 banques de développement au sommet « Finance en commun », premier sommet mondial des banques publiques de développement. Les acteurs à l’origine de ce cadre militent pour une stratégie mondiale cohérente visant à repenser et transformer le système financier au travers de recommandations et de plans d’actions sous l’égide des communautés publiques et privées ainsi que des plateformes internationales de partenariat économiques et financiers tels que le G7, le G20 ou la COP26.

Face à l’ampleur de la thématique du développement durable au niveau international, les produits de finance durable ont connu une expansion croissante durant ces dernières années. Selon le cinquième rapport de la Global Sustainable Investment Alliance (GSIA) publié en 2021, l’investissement durable représente une force majeure des marchés de capitaux mondiaux à hauteur de 35 000 milliards de dollars d’actifs sous gestion début 2020, soit une augmentation de 15% en deux ans et une part de 36% de l’ensemble des actifs sous gestion dans les régions couvertes par ce rapport. Selon Novethic, au 1er trimestre 2021, les fonds verts européens totalisent 158 milliards d’euros d’encours et les fonds durables représentent en France 522 milliards d’euros d’encours pour un total de 962 fonds.

Quelles sont les différentes méthodes d’investissement durable ?

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L’intégration des critères ESG

La méthode la plus connue est l’intégration des critères environnementaux, Sociaux et de Gouvernance dits critères ESG. Les entreprises sont ainsi sélectionnées pour leur faible impact environnemental (leur politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre ou de gestion des déchets par exemple), leur respect des droits et conditions de travail ou encore la synergie au sein de leur système de gouvernance permettant de valoriser l’entreprise sur le long terme.

Le stade supérieur de l’intégration des critères ESG est la catégorie dite « Best in class » qui vise à sélectionner les entreprises les mieux notées au vu de ces critères. Sans exclure aucun secteur d’activité, cette approche privilégie les entreprises qui, au sein de leur secteur, démontrent les politiques de développement durable et responsable les plus actives. Elle valorise ainsi les efforts réalisés permettant d’inciter le reste du secteur à améliorer ses performances ESG pour intégrer le classement, et les entreprises sélectionnées pour y rester.

La catégorie dite « Best in universe » identifie quant à elle les entreprises les mieux notées au vu de ces critères ESG, mais cette fois-ci tous secteurs d’activités confondus, encore une fois sans exclure de secteur, permettant donc de valoriser les secteurs les plus responsables.

On dénotera également la catégorie « Best effort » qui sélectionne les entreprises ayant démontré des efforts soutenus pour améliorer leurs pratiques ESG.

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L’exclusion

Cette méthode consiste à bannir du portefeuille d’investissement les secteurs d’activité considérés comme nocifs pour l’environnement tels que les énergies fossiles (charbon, pétrole…), la production de substances toxiques, ou bien considérés comme immoraux tels que les jeux d’argent, l’alcool, le tabac, les armes à feu, la pornographie, ou controversées pour leurs pratiques douteuses en matière de droits du travail ou encore pour des raisons religieuses voire politiques etc.

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L’investissement thématique

Cette approche consiste pour l’investisseur à privilégier, dans le cas de l’ISR, les entreprises dont le cœur d’activité est dédié au développement durable tels que la production d’énergies renouvelables, la décarbonisation des transports, le traitement des déchets etc.

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L’actionnariat actif

Il s’agit d’une pratique qui consiste pour l’investisseur à s’impliquer davantage dans l’entreprise dont il est actionnaire, afin d’influencer directement le comportement de cette dernière et exiger d’elle une politique de responsabilité plus forte. Il participe ainsi aux échanges et vote activement lors des assemblées générales en vue de défendre la prise en compte des critères de durabilité mais aussi de préserver voire de renforcer la performance long terme de l’entreprise. Cette pratique est plus fréquente aux Etats-Unis qu’en Europe.

L’ISR est-il un investissement financièrement performant ?

Le renforcement de la responsabilité sociale des entreprises (RSE) qu’implique l’investissement socialement responsable offre à ces dernières les clés pour relever au mieux les défis environnementaux et sociaux d’aujourd’hui et de demain et assurer une gestion performante sur le long terme. Les bénéfices se font ainsi ressentir sur la performance globale de l’entreprise et de facto, sur ses performances économiques et financières. Il existe de nombreuses études relatives à la performance de l’ISR dont les conclusions sont parfois difficiles à interpréter du fait de la fragmentation des critères de recherche entre les différentes études. Toutefois, une étude réalisée en 2015 intitulée « ESG and financial performance : aggregated evidence from more than 2000 empirical studies », apporte une analyse exhaustive des liens entre critères ESG et performance financière sur la base, comme son nom l’indique, des résultats de plus de 2000 études académiques. Il ressort de cette étude que la grande majorité des résultats obtenus font état d’un impact positif, et stable dans le temps, des critères ESG sur la performance financière. L’investissement socialement responsable se révèle ainsi un critère de choix d’intérêt pour l’investisseur qui souhaite sélectionner des valeurs aux engagements environnementaux et sociaux forts, avec une gestion du risque maîtrisée, tout en pouvant bénéficier d’une performance financière robuste sur le long terme. A noter que l’achat de valeurs ou la souscription à des fonds axés sur l’investissement socialement responsable n’offre pas d’avantage fiscal en France. Toutefois, la sélection de ces valeurs et fonds au travers de certains outils d’épargne disposant d’avantages fiscaux intéressants, tel que le Plan Épargne Action (PEA), permet ainsi d’en bénéficier.

Qui définit les critères ESG et comment sont-ils contrôlés ?

Les entreprises cotées doivent généralement fournir des informations sur leur impact environnemental et social, qu’on appelle reporting ESG ou déclaration de performance extra-financière (DPEF). Les agences de notation extra-financière établissent, sur la base de ces rapports, des notations qui sont ensuite revendues aux gestionnaires de fonds. Sur la base de ces notations et d’analyses financières complémentaires, les gestionnaires de fonds attribuent aux entreprises des scores. Ces scores permettent aux gestionnaires de sélectionner les valeurs qui rempliront les critères ISR nécessaires, en fonction de la méthode ou de la combinaison de méthodes ISR appliquées, pour intégrer leurs fonds d’investissement ISR.

Il existe également des labels d’investissement socialement responsable qui définissent des exigences de conformité afin d’être attribués aux sociétés de gestion candidates. En France, il en existe deux : le label ISR créé en 2016 par le Ministère de l’Economie et des Finances et le label Greenfin créé en 2019 par le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire (en remplacement du label Transition énergétique et écologique pour le climat lancé en 2015 avec la COP 21). Le label ISR vise à permettre aux épargnants et investisseurs professionnels de « distinguer les fonds d’investissement socialement responsable (ISR), aboutissant à des résultats mesurables et concrets ». Son cahier des charges fixe des exigences parmi lesquelles « la nécessité pour la société de gestion d’être en mesure de prouver la rigueur de leur méthode d’analyse ESG ou encore d’évaluer le bénéfice environnemental de leurs investissements tout en acceptant de se soumettre à des contrôles réguliers. Le label Greenfin est quant à lui dédié à la financer verte et a la particularité d’exclure les fonds investissant dans les entreprises opérant dans le secteur nucléaire et les énergies fossiles.

Le rapport de l’OCDE publié en 2020 dénommé « ESG Investing : Practices, Progress and Challenges » met en évidence la nécessité d’améliorer la transparence et la cohérence au niveau international des méthodologies de notation des critères ESG des entreprises. La définition de normes communes en matière de taxonomie mais également de divulgation d’information en matière d’impact environnemental et social est un enjeu prioritaire pour la finance durable. A ce titre, l’Union Européenne fait figure de leader sur cette thématique, publiant en juillet dernier sa stratégie de finance durable qui prévoit de nouvelles obligations de reporting ESG s’appuyant sur la taxonomie des activités vertes de 2020, ainsi qu’un projet de règlement établissant une norme européenne pour les obligations vertes.

Tous les fonds dits ISR sont-ils garants d’un investissement socialement responsable ?

La méthode de sélection des critères ESG, notamment dans la méthode « Best in class » très privilégiée par les fonds d’investissement en France, trouve beaucoup de détracteurs qui y voient une sélection du moindre mal. Comme nous l’avons vu, cette méthode favorise au sein d’un secteur, les entreprises qui respectent le mieux ces critères en comparaison de ses concurrentes, sans exclure aucun secteur. A ce titre, avec cette méthode, un gestionnaire pourra sélectionner pour son fonds ISR les entreprises respectant le mieux les critères ESG aussi bien dans des secteurs durables comme les énergies renouvelables que dans des secteurs très polluants comme les carburants fossiles. Autre sujet porté par les détracteurs de l’ISR, les facteurs sociaux qui ne seraient pas suffisamment pris en compte dans les systèmes de notation des critères ESG. En effet, ces derniers se concentreraient essentiellement sur des facteurs environnementaux et climatiques. Ainsi, peut-on véritablement parler d’investissement socialement responsable ? Il en existe différents degrés et tout dépend de la méthodologie choisie, de la définition idéologique que chaque investisseur se fait d’un investissement socialement responsable et des critères de risque et de rendement qu’il souhaite appliquer. La méthode « Best in Class » permet d’inciter les différents secteurs à perpétuellement améliorer leurs critères ESG tout en bénéficiant de rendements financiers d’intérêt. Par ailleurs, de plus en plus de fonds ISR « Best in Class » appliquent un biais sectoriel pour exclure des actions trop éloignées des valeurs éthiques de l’ISR. Sur le sujet des facteurs sociaux, certains fonds accentuent désormais certains critères tels que l’emploi, les revenus, la santé, l’éducation, la diversité, les droits humains etc. participant à la réduction des inégalités sociales.

Il existe également des fonds dits d’investissement d’impact qui se définissent généralement en contradiction avec l’investissement socialement responsable, promouvant l’activisme de l’entreprise sélectionnée pour générer un impact social ou environnemental positif. On peut citer comme exemple des fonds d’investissement finançant des projets d’économie solidaire tels que des logements sociaux à des populations en situation de précarité. Au-delà du fait que l’Investissement socialement responsable ne peut se réduire qu’à la méthode « Best in class » et que cette méthode ne peut se réduire elle-même qu’à une stratégie du moindre mal, la différence principale entre les deux idéologies réside dans le fait que l’investissement d’impact est souvent peu liquide et privilégie les résultats durables au même niveau voire devant la performance financière.

La problématique principale pour l’investisseur particulier qui privilégie les fonds de placement ISR, réside finalement dans la lisibilité de leurs critères de sélectivité de valeurs. Certaines sociétés de gestion se contentent d’acheter les résultats de notation des entreprises auprès des agences de notation, d’exclure automatiquement les plus mal notées puis de réaliser l’analyse financière des valeurs restantes pour identifier celles qui présentent les meilleures performances financières. L’investisseur particulier qui souhaitera un niveau plus pointilleux de sélection des entreprises et secteurs devra s’assurer du respect de méthodes de sélection adaptées à sa propre définition d’un investissement socialement responsable.

Fromveur, société de conseil en investissement financiers agréée par l’AMF et spécialisée dans l’investissement durable dans le secteur maritime, analyse pour vous l’empreinte de vos placements actuels et vous conseille pour redéfinir avec vous, en toute transparence, un portefeuille respectueux de vos valeurs et de vos critères de risque et de performance.

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