Investir dans la Finance bleue

Analyse du rapport du Ministère de la Mer sur la Finance Bleue

La Banque Mondiale définit l’économie bleue comme « l’utilisation durable des ressources océaniques en faveur de la croissance économique, l’amélioration des revenus et des emplois, et la santé des écosystèmes océaniques ». Tandis que l’économie verte s’inscrit désormais comme référence des politiques publiques de développement durable, l’économie bleue tend à s’imposer progressivement comme un champ incontournable de par son potentiel de croissance, d’emploi et d’innovation et son impact sur les contraintes écologiques et sociales mondiales actuelles et futures. 

Le développement durable dans le domaine maritime est un enjeu international reconnu par l’ONU dans son Agenda 2030 adopté en 2015 qui promeut dans son Objectif de Développement Durable (ODD) 14, la conservation et l’exploitation durable des écosystèmes marins et côtiers. Parmi les chiffres clés à rappeler, 70,8% de la surface de la Terre sont recouverts par les océans qui absorbent environ 30% du C02 émis par les activités humaines, 90% des échanges de marchandises se font par voie maritime, plus de la moitié de la population mondiale vit à moins de 100km de la mer et plus de trois quarts des grandes villes sont située en zone côtière. Par ailleurs, selon le rapport de l’OCDE sur l’économie de la mer en 2030 (publié en 2017), cette dernière représente une contribution de 1500 milliards USD pour l’année 2010, soit environ 2,5% de la valeur ajoutée brute mondiale, et 31 millions d’emplois directs à temps plein, et pourrait atteindre à l’horizon 2030 une contribution annuelle à hauteur de 3000 milliards USD et 40 millions d’emploi. L’écosystème marin, en tant que régulateur climatique, réserve de biodiversité et générateur d’activités économiques, joue ainsi un rôle crucial aussi bien en termes d’enjeux climatiques, environnementaux et sociaux que de croissance économique.

Le défi de la finance bleue

A ce titre, le financement de la transition écologique vers l’économie bleue, dite finance bleue, représente un défi majeur des politiques publiques, notamment pour la France qui dispose de la 2eme plus grande zone économique exclusive (ZEE), derrière les Etats-Unis, avec 11,2 millions de km2 dont 97% se situent en Outre-mer dans quatre des cinq océans mondiaux. La loi Economie Bleue promulguée en 2016 s’inscrivait déjà dans un mouvement ambitieux de refondation de la politique maritime de la France avec pour objectif de contribuer à l’amélioration de la compétitivité des entreprises concernées et simplifier et moderniser l’ensemble du dispositif législatif concernant les activités maritimes. L’impulsion publique se révèle également indispensable dans le domaine de la finance bleue pour permettre au secteur maritime de faire face aux défis technologiques nécessaires au respect des nouvelles exigences environnementales et à l’exploitation propre et durable des ressources maritimes.

Le sujet est au cœur du rapport commandé par le ministère français de la Mer publié en avril 2021 dans le contexte plus global de l’agenda international marqué notamment par la COP 15 sur la biodiversité en Chine et la COP 26 sur le climat en Ecosse qui se tiendront à la fin de l’année 2021.

Comment opérer la transition vers l’économie bleue ?

Ce rapport revient tout d’abord sur le périmètre de la finance bleue, rappelant que ses grands principes ont notamment été définis en 2018 par la commission européenne, avec UNEP-FI, la Banque Européenne d’Investissement (BEI), le Word Resource Institute et WWF. Le champ d’action de la finance bleue est très large et nous reviendrons ici sur certains cas concrets présentés dans ce rapport :

  • La décarbonation des navires :

Deux types de transition écologique sont mises en évidence. La transition « bas-carbone » des navires qui s’appréhende dans un horizon d’ici à 2030, repose sur des technologies tels que la propulsion GNL (gaz naturel liquéfié) qui permet en théorie une réduction des émissions de CO2 de 20%, les scrubbers (dispositifs qui filtrent les fumées d’échappement des moteurs) à circuit fermé et le complément de propulsion vélique pour lequel les équipementiers français disposent d’une avancée technologique. Poussés par la réglementation de l’Organisation Maritime Internationale (OMI) en matière d’efficacité énergétique et de réduction des émissions, certains grands armateurs ont déjà initié une transition de leur flotte vers le bas-carbone mais le surcoût est important (10 à 20% de la valeur du navire).

La transition vers le navire « zéro-carbone » s’appréhende quant à elle au-delà de 2030, et s’appuiera notamment sur l’hydrogène pour lequel la France dispose d’un potentiel technologique, grâce au savoir-faire spatial, soutenu politiquement. L’ammoniac et le méthanol sont également des solutions envisagées.

  • Le verdissement des ports :

Le rapport rappelle que les grands ports français représentent 10% des émissions nationales de CO2. Deux types de transition sont à l’ordre du jour. La transition en hubs énergétiques nécessitant l’électrification des quais, actuellement financée à hauteur de 50 millions €, mais également à plus long terme de capacités de production d’hydrogène, sans financement actuel. L’approvisionnement en GNL est quant à lui assuré par camions et navires ravitailleurs. La transition en hubs numériques est également nécessaire pour prévoir le développement des technologies digitales embarquées.

Le prolongement des ports au travers des plateformes offshore multi-usages (POMU) est abordé concernant les projets d’usage touristique/loisirs ou de productions d’énergie verte ou d’usages industriels qui font face à des défis juridiques et fiscaux et une rentabilité économique et un avantage écologique incertains.

  • Les énergies marines renouvelables

On retrouve dans cette catégorie l’énergie éolienne (posée et flottante) qui provient donc du vent et l’énergie hydrolienne houlomotrice (des vagues) et marémotrice (des marées). Alors que les marchés de l’énergie hydrolienne sont des secteurs de niche qui présentent des perspectives faibles de développement commercial, le marché de l’énergie éolienne, notamment flottante, représente, selon ce rapport, la technologie la plus prometteuse en termes industriel et de marché. L’Europe domine le marché de l’éolien posé et la France est très bien représentée sur le marché de l’éolien flottant au travers de PME et start-ups françaises leaders au niveau européen voire mondiale (tels que Rollix Defontaine et Cornis). En quelques chiffres, le marché de l’éolien offshore devrait attirer 700 milliards $ d’investissement d’ici 2030 selon la Banque Mondiale, dont 160 milliards € en Europe. Toutefois le rapport insiste sur la nécessité d’une vigilance particulière sur le risque de prédation essentiellement de la part des majors de l’Oil and Gas auquel sont confrontés les équipementiers français.

  • La bioéconomie marine durable

Le rapport met l’accent sur 7 opportunités d’investissement dans le capital naturel de la biodiversité marine : les équipements technologiques de connaissance des écosystèmes marins (balises, outils satellitaires, numériques…) permettant de cartographier les océans et d’appuyer la surveillance et la sécurité des activités maritimes ; la protection des coraux et mangroves, infrastructure naturelle permettant le développement des écosystèmes marins locaux et limitant les raz de marées ; l’aquaculture durable permettant de gérer les problèmes de rejets en mer et de l’utilisation d’antibiotiques ; les algues, pouvant être utilisées comme alimentation humaine et animale, médicaments, cosmétiques, etc… mais qui peuvent également servir pour la captation de carbone. Le rapport rappelle à ce titre que le marché des algues représente un potentiel de plus de 9 milliards d’euros et de 130 000 créations d’emplois d’ici 2030 et que la France dispose d’un centre de recherche internationalement reconnu à Roscoff ; les crédits carbone permettant de compenser les émissions d’activités résiduelles en échange du renforcement de la pompe à carbone bleue naturelle que représentent notamment les mangroves ou les algues ; la lutte contre les pollutions issues de la terre (plastiques, produits chimiques) marquée par un renforcement des mesures d’interdiction des plastiques à usage unique nécessitant de facto un renforcement des capacités de collecte et de recyclage ; enfin, l’éco-tourisme qui allie développement de l’emploi et respect des écosystèmes marins.

Quelles solutions de financement en France ?

La deuxième partie de ce rapport est consacrée aux solutions de financement pour opérer cette transition vers une économie bleue. Le constat réalisé auprès des acteurs du maritime, marqués par une forte diversité (ingénierie, industrie, transport, usages de la mer…) est la difficulté pour appréhender les outils de financement existants (régionaux tels que les pôles de compétitivité mer, nationaux tel que le CORIMER, et européens telle que la Banque Européenne d’Investissement) et la nécessité d’en développer de nouveaux alliant l’engagement d’acteurs privés et de la puissance publique. Une plateforme d’aide à la décision pour rapprocher les porteurs de projets de transition écologique et l’offre de financement publique et privée est en cours de déploiement par le Cluster Maritime Français (T2EM).

La mutualisation des efforts de R&D (Recherche et Développement) est également un sujet soulevé par ce rapport, efforts actuellement fragmentés entre une multiplicité d’acteurs publics et privés travaillant parfois séparément et en redondance sur des technologiques stratégiques tels que les navires du futur. A l’instar de l’exemple danois du Maersk Institute, institut de R&D du 1er armateur mondial travaillant sur les nouvelles technologies bas-carbone du shipping, ou encore du Green Shipping Program norvégien, le rapport milite pour la mise en œuvre en France d’un Institut de R&D de maritimisation des technologies bas carbone avec un financement public et privé et associant l’ensemble des acteurs du maritime. La fondation de coopération scientifique Open Sea sur les EMR (Energies Marines Renouvelables) et la coalition privée Transition énergétique, lancée par Rodolphe Saadé (CMA-CGM) pour la mutualisation de R&D du transport bas-carbone sont présentés comme des projets précurseurs dans cette logique de mutualisation des ressources et des financements.

Le rapport met également l’accent sur la nécessité de structuration et de développement du marché français du capital risque en faveur de l’économie bleue. Il milite pour un continuum de financement depuis l’innovation jusqu’au déploiement industriel permettant d’accompagner le développement des start-ups et PMEs vers la transformation en filières industrielles d’avenir. La constitution d’un fonds d’investissement pour l’innovation maritime annoncé par le premier ministre en février dernier témoigne de l’impulsion politique sur ce sujet. Plusieurs options sont présentées pour dynamiser cette logique de continuum de financement, l’option privilégiée étant le soutien des fonds privés en cours de bouclage financier via une participation des investisseurs publics. Envoyant un signal fort de reconnaissance de l’économie bleue par la puissance publique comme marché d’avenir, cette troisième option est favorisée pour son impact rapide sur le secteur, couplée aux stratégies de levier de commande publique et de levier fiscal.

Les enjeux de compétition industrielle internationale et de protection de l’innovation industrielle sont également au cœur du développement de la finance bleue. Le rapport rappelle que la France dispose d’atouts tels que son avancée dans les innovations technologies bas carbone et son écosystème de grands acteurs industriels et financiers pionniers. Une vigilance particulière est pointée sur le développement de l’industrie navale asiatique et les prises de participation étrangères sur les secteurs de niche afin de protéger le capital français de leadership dans l’économie bleue.

La concurrence étrangère s’inscrit également dans le domaine de financement du shipping et fait peser un risque de souveraineté nationale. Le rapport rappelle que les banques françaises représentent 10% du portefeuille mondial de financement du shipping, qui pourrait atteindre jusqu’à 1000 milliards $ d’ici 2030. Toutefois, il est constaté depuis 2010 un repli des banques françaises dans ce secteur, concurrencées par des banques asiatiques, y compris pour le financement des armateurs français. Par ailleurs, face à l’incertitude des futures règles prudentielles concernant les ratios de financement fonds propres/dette et aux surcoûts associés au verdissement des navires, ce repli du portefeuille shipping des banques françaises pourrait s’accentuer au bénéfice des banques asiatiques. Le rapport milite ainsi pour une intervention publique sous la forme d’un instrument de garantie public/privé, sur le modèle Master Risk Participation Agreement (MRPA) développé par Cacib avec des assureurs privés, à un format grande échelle et associant un assureur public tel que BPI pour envoyer un signal fort de confiance auprès des assureurs privés.

L’ensemble des outils proposés dans ce rapport et de la stratégie d’animation de l’écosystème maritime français au profit d’un continuum de solutions de financement propice à l’innovation et au renforcement du leadership français laissent augurer le renforcement de la dynamique d’impulsion des politiques publiques dans le domaine de la finance bleue.

Quelles perspectives pour les investisseurs particuliers ?

Cette dynamique démontre un gage de confiance dans l’avenir du secteur de l’économie bleue pour l’ensemble des acteurs du domaine. L’objectif premier de cette dynamique est de transformer les défis de la transition vers la neutralité carbone des activités maritimes et de la protection de la biodiversité marine en opportunités d’investissement bénéfiques pour la planète et profitables pour les investisseurs.

Pour l’investisseur particulier soucieux de donner du sens à son épargne, ce gage de confiance dans la finance bleue représente une opportunité certaine pour investir dans un secteur en pleine expansion, participer activement à la transition écologique, et profiter de placements durables, éthiques et capables de générer des profits.

Les placements dans le secteur plus global des énergies renouvelables dites « vertes » connaissent une forte popularité. L’investisseur particulier dispose d’outils permettant d’identifier les produits financiers engagés dans le développement durable, notamment le label ISR (Investissement Socialement Responsable) créé en 2016, qui applique des critères de respect des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Le site dédié au Label ISR du Ministère de l’Economie note que le respect de tels critères est gage de performances financières sur le long terme car les sociétés qui les appliquent sont mieux à même de relever les défis du monde de demain. Cette performance financière des placements verts a pu être constatée, alors même durant la crise sanitaire. A titre d’exemple, l’indice MSCI Europe ESG Leaders a enregistré une performance de près de 25% sur 1 an.

Alors que de nombreux produits financiers dits « verts » spécialisés dans les énergies renouvelables existent déjà, ceux spécialisés dans l’économie dite « bleue » commencent seulement à émerger alors même que la finance bleue intéresse de plus en plus d’investisseurs particuliers. Une étude du département Impact Advisory and Finance du Crédit Suisse publiée en 2020 indiquait ainsi que 90% des sondés se disent intéressés par des investissements liés à l’économie bleue durable mais que 75% n’ont pas évalué l’impact de leurs investissements sur les océans.

Fromveur, société de conseil en investissement financier, respecte une stratégie d’investissement performante, de long terme, au risque maîtrisé et respectueuse de vos critères éthiques. Dans l’esprit d’une diversification de vos placements, notre société identifie pour vous les placements financiers de l’économie bleue porteurs d’innovation dans le domaine de la transition écologique de l’écosystème maritime, et appliquant les critères ESG, pour vous permettre de donner du sens à votre épargne.

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